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 Répondre à : WA - Participation exercice n°20 - partie 1 
De : Maedhros  Ecrire à <a class=sign href=\'../faeriens/?ID=196\'>Maedhros</a>
Date : Vendredi 27 juillet 2007 à 11:56:47
L'été sera long, l'été sera chaud
dans les campings, au bord de l'eau...

Non.., je m'égare.

Comme le délai imparti est large, j'en profite. Voici la 1ère partie d'une histoire dans laquelle j'ai versé les ingrédients prescrits mais la marmite en contient beaucoup d'autres. Il faut laisser mijoter à feu très doux. Vous connaissez mon goût immodéré pour les soupes touillées dans le chaudron du diable.

_____________


LE CHATEAU AU BORD DE L’EAU


Les années passent....les soleils meurent. Le temps s’égrène irrémédiablement. Un soupir entropique dans un univers de glace. Tourner la page et ne plus savoir quoi ajouter sous la dorure des enluminures.

Le musée n’a pas vieilli finalement, ancre de pierre jetée dans les eaux du temps. Juste une autre lumière, une luminosité légèrement altérée. Ombres et reflets envahissant les perspectives. Debout au centre géométrique de la salle déserte, je courbe la tête sous la pluie. Elle inonde la fragile passerelle qui me rattache encore à ce que fus. L’orage gronde dans ma tête depuis si longtemps, crayonnant en gris mes paysages. Cette pluie de l’âme me glace le coeur.

Trois ans qu’il pleut en moi. Mille quatre cent quatre vingt seize jours.

Le musée est un lieu secret où dorment les passés en assemblées silencieuses. L’atmosphère y est décalée, plus épaisse, alourdie de présences invisibles. Comme si les multitudes ayant déambulé là avaient laissé leur empreinte émotionnelle follement flottante entre les hauts murs. Si un seul lieu devait être hanté, cela serait sans doute ce musée, immense caisse de résonance amplifiant mes propres émotions.

Ce musée...d’une certaine façon, c’est mon royaume des rêves. D’une autre façon, c’est ma cellule où je reste hypnotisé par le charme d’un tableau, envoûté par la pureté de ses couleurs juxtaposées, prisonnier de sa magie chatoyante. Oh, il n’est guère différent des autres mais il entre en correspondance intime avec ce qui soupire en mon sein.

Il y a trois ans, j'y revenais, après une longue absence. Je me rappelle la tristesse, un souvenir particulièrement douloureux. Un visage et un paysage indissociablement mêlés. Des mots tournant en boucle dans ma mémoire. Un prénom. Une lassitude générale. Des idées noires et monotones. Des salles au silence murmurant, phrases incompréhensibles décrivant des cercles autour des colonnes d’albâtre. Et cette pluie froide et serrée. Rien n’est plus triste que la plainte de la pluie solitaire dans ces pièces climatisées.

Le souvenir reste vivace et étonnamment présent. Détail après détail. Impression après impression. Le tableau illumine d’un étrange jour la froide muraille de mes pensées comme l’épée de soleil déchire un ciel de plomb. Et puis cette voix qui semble m’appeler dans le lointain. Le tableau perturbe ma perception du temps, me maintenant dans un état de passé artificiel. La sensation n’est pas purement intellectuelle, ni l’émanation de mes lectures romantiques. Elle m’est extérieure et m’entraîne entre les ombres menaçantes des contre-allées du temps.

Heureusement, il y a Viviane. Sa force dresse une barrière qui me protège du tableau. Viviane est un astre qui chasse les nuages gros de pluie. Sans elle, je crois qu’il y a longtemps que le flot du passé m’aurait emporté vers le bas, spirale descendante, vertigineusement sombre et désolée.

Mais la mélancolie est une force irréductible.

Je ne parviens pas à oublier, à reconstruire autre chose. Comme dans une vieille tragédie grecque.

Le tableau m’enveloppe dans un cocon hors du temps où le réel s’effiloche. Ses couleurs tissent une trame immatérielle qui me retient aussi sûrement que le filet du rétiaire. Là, se déploie une dimension étrangère se nourrissant des fragments de présent enchâssés au coeur des oeuvres d’art épinglées aux murs. Ne sont-elles pas immortelles ? Qu’est-ce que l’immortalité sinon la conservation perpétuelle du présent. Un présent d’éternité ! Une immortalité teintée de rouge, mais nul autre que moi ne discerne les ruisseaux de sang qui s’échappent des agrafes. Les murs du musée forment ainsi une immense mosaïque de passés où les cadres dorés ont remplacé les croix ! Art combinatoire. Et je suis englué dans cette toile, otage de son présent aliéné.

Quand enfin je trouve la force de rompre le charme et quitter ce lieu enchanté, le bruit de la ville tranche brutalement. Animation, vie, cris, lumière, vent. Mais avec cette pluie dans les yeux, je ressens une sorte de difficulté à réintégrer le réel. Une forme de désajustement rapide, comme un mobile du passé surgissant des limbes. L’espace d’une seconde, à la frontière entre deux univers. Etranger en terre étrangère. Puis la correction intervient, réflexe instinctif. Mon horloge interne synchronisée, je redescends lentement le temps jusqu’au seuil du présent, avec cette douleur persistante au côté gauche, juste sous le coeur. Les couleurs se juxtaposent aux objets. Le décor familier reprend ses droits, banalement reconnu.

J’ai encore abandonné quelque chose d’intime derrière moi, entre les bleus et les mauves du tableau singulier. Quelque chose perdu à jamais. Un peu de moi, un peu de cet amour. Je sais. L’averse redouble alors de violence sous le soleil de Provence.

Dehors, ils conduisent leur destin à leur guise, comportement humain. J’adapte le mien à la moyenne générale. Je vais revoir Viviane, boire à sa fontaine pour rincer ma gorge des poussières accumulées. Accrocher enfin un soleil sur mon ciel gris indigo. Sentir battre mon sang dans les veines. Dormir à ses côtés. Rien de plus. Dormir tout contre son corps. Dieux, je sacrifierais mon âme immortelle pour gagner ce refuge.

Viviane !

C’est une joie de vie. Un amour de vie. Une parenthèse sous l’averse. L’unique but de mon existence depuis trois ans. Je vais la rejoindre. La douleur sous le coeur s’accentue, irradiant comme un feu dévorant. L’image du tableau se reforme devant mes yeux, étirant ses pièges multicolores. Là naît soudain le visage de Viviane, chimérique superposition, se mêlant peu à peu aux couleurs de la peinture. Comme un stéréogramme vaguement artistique, il reste cependant perceptible. Inquiétude. Elle n’est pas mon passé. Je me mets à courir, malgré l’ouragan muet qui claque sous mon crâne, au milieu de la chaussée, ne prêtant aucune attention aux cris de colère des automobilistes qui m’évitent de justesse.

Cela n’a aucune importance. Viviane vit au bout de cette rue. Quatre cents mètres. Je connais par coeur le parcours. Jeu innocent.
Les façades de pierre, les murailles ternes et fermées. Je suis arrivé...mais devant moi se dresse le musée, impitoyable.


M

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