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De : Narwa Roquen  Ecrire à <a class=sign href=\'../faeriens/?ID=25\'>Narwa Roquen</a>
Date : Jeudi 3 avril 2008 à 16:03:12
Le rossignol





La nuit aux parfums lourds recouvre la maison de ses voiles fluides, orientaux, capiteux. Dans le ciel, la lune voluptueuse, entourée de sa cour d’étoiles admirantes, s’est parée frileusement de son halo d’hermine. Un rossignol, attiré par la faible lueur de la lampe, est venu se poser sur le bord de la fenêtre ouverte. La chambre respire la quiétude, un souffle plus profond, un souffle plus léger. Si beaux ces deux visages, dans la paix du sommeil accordé, qu’il ne chantera pas.
L’enfant gémit un peu ; sa lèvre qui frémit n’est peut-être qu’un rêve, un soupir envolé sur l’aile de la nuit, pas encore un désir ni même une prière.
La mère tend la main et ravive la lampe. Dans l’or qui se répand sur les fraîches dentelles, des ombres amoureuses suivent ses gestes lents ; souriante, attendrie, elle déverse penchée sur le berceau d’ébène le flot tumultueux de sa blonde chevelure. Elle promène un doigt de papillon sur le front innocent de son plus beau trésor. L’enfant ouvre les yeux. La mère le soulève, le prend contre son coeur dans la tiédeur du lit. Ses doigts fins et agiles égrènent lentement le chapelet nacré qui ferme sa longue chemise. Elle niche l’enfant au creux de son bras nu ; il tourne sa tête brune vers le sein opulent à l’odeur familière, elle glisse avec douceur le mamelon tendu entre les lèvres entrouvertes.
Qui dira la chaleur, le lien, la certitude ?
Ils sont dans le regard complètement unis. Elle le porte et le voit mais il est encore en elle, tissé de son fil, cousu de sa trame ; il la reçoit entière dans son corps et dans son âme, communion sacrée de la chair profane, bénie par toutes les forces de la Vie. Il s’emplit de sa chaleur liquide et de son sourire divin et de son désir à elle de le voir vivant et nourri. Regardant, ils se voient regardés, et le bonheur de chacun s’amplifie dans le miroir de l’autre. Elle se sent déesse dans ce regard éperdu, puissante et éternelle, immense et absolue. L’enfant adorateur s’abandonne en confiance à cette joie ultime de tous ses sens comblés, tandis qu’elle perçoit, au fond de ses entrailles, l’extase longue et plénière de l’union absolue.
Que peut le temps avare contre l’instant d’éternité que les dieux nous accordent ?
Inaltérable, à tout jamais enfoui dans sa mémoire de femme, cet instant l’introduit dans la lignée des mères, de sa mère, de la mère de sa mère, et de toutes les mères avant elle qui ont permis que cet enfant la fasse mère à son tour – communauté sans rites, silences partagés, âmes voltigeant paisibles dans le coeur de la nuit, toutes complices, toutes soeurs, toutes égales, toutes sanctifiées de ce pouvoir reçu – et de ce lait donné.
Elle soupire. S’il était là, bien sûr, il lui tiendrait la main, et elle lui offrirait ce bonheur inouï, pour l’enrichir encor de ce tendre partage.
Au loin le canon tonne, la guerre n’attend pas. Mais les anges ce soir veilleront sur son homme, car seul l’Amour peut se dresser pour écarter la Mort. Peut-il sentir de loin, dans sa pensée vagabonde, la pure lumière de la joie dont il fut l’artisan ? L’enfant a son regard, ses yeux d’un noir profond, l’ambre et la soie mêlés dans le grain de sa peau, et ses cheveux de jais, et ses lèvres puissantes... Il est autant de lui qu’il est encore en elle, et c’est l’homme qu’elle nourrit à travers l’enfant qui boit. Et c’est comme un vertige, une ronde des âmes en osmose infinie, c’est une plénitude dans la perfection de l’heure, corolle épanouie triomphante au soleil, Beauté magnificente explosant en cascade de diamants éternels doux comme le velours...
Le rossignol s’envole, d’un coup d’aile exalté. Son petit coeur d’oiseau est gonflé d’allégresse, et quand il donne sa voix à l’impérieuse musique, c’est son chant le plus beau, c’est son chant le plus pur qui vient illuminer la nuit d’un message d’Amour, offrande à ce qui Est, espoir pour ce qui Vit.
Narwa Roquen, la musique est un cri qui vient de l'intérieur

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