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De : Estellanara  Ecrire à <a class=sign href=\'../faeriens/?ID=69\'>Estellanara</a>
Page web : http://estellanara.deviantart.com/
Date : Mercredi 17 juillet 2013 à 10:25:00
Une petite récréation entre deux textes plus exigeants, pratiquement une utopie, pratiquement un premier jet, un thème qui m’est cher et un gros flirt avec le hors sujet, comme une fois sur deux.



Toutes les filles sont des princesses





La jeune femme jeta un bref coup d’oeil derrière elle et accéléra encore. Ils étaient toujours là. Les mêmes types que tout à l’heure, le grand baraqué et le petit à tête de fouine. Surtout, ne pas courir. Elle prit plusieurs tournants, espérant les semer. Ses talons aiguilles claquaient sèchement sur le trottoir et la brise estivale soulevait l’ourlet de sa jupe. Son sac à main battait son flanc gauche au rythme de sa marche. Nerveuse, elle lissa ses cheveux en arrière et tira sur le col de son corsage de satin rouge pour mieux couvrir sa gorge. N’y avait-il donc aucun café dans ce quartier ? Aucun magasin ouvert où se réfugier ? Elle continua d’avancer, se préoccupant surtout d’aller vite et de ne pas se tordre une cheville avec ses escarpins. Peut-être n’en avaient-ils pas après elle ? Peut-être se rendaient-ils simplement quelque part ? Fragile espoir. Elle les avait bien vus lorgner son décolleté, un sourire salace aux lèvres. A mesure qu’elle avançait, le quartier était de plus en plus désert. Son pouls battait dans ses tempes et son coeur bondissait dans sa poitrine comme un lapin affolé. Surtout, ne pas se retourner.

Un ricanement grave s’éleva derrière elle, dangereusement proche. La jeune femme laissa échapper un couinement de frayeur. Cédant à la panique, elle se mit à courir et s’engagea dans une ruelle. Une impasse ! Se retournant dans un froufrou de satin, elle tenta de rejoindre l’artère principale mais les deux hommes lui barraient la route. Elle recula lentement, sans les perdre de vue, cherchant désespérément un moyen de s’échapper, une porte, une échelle, n’importe quoi. Il n’y avait rien. Elle prit la parole :
- Si c’est mon sac que vous voulez, je vous le donne...
Elle avait essayé de prendre un ton ferme mais ses mots ressemblaient au piaulement d’une souris apeurée. Les deux hommes éclatèrent d’un rire mauvais. Le plus grand dit d’une voix de basse :
- Tu sais très bien ce qu’on veut, poulette. Quand on nous cherche on nous trouve, nous les mecs !
Il s’avança en roulant des mécaniques. Ses cheveux étaient gras, sa barbe hirsute et il empestait la sueur. La jeune femme recula jusqu’à toucher le mur de briques froides. Quand avait-elle « cherché » qui que ce fut ? Il y avait erreur. Elle jeta des regards frénétiques à gauche et à droite, ses mèches blondes lui fouettant le visage. Elle était fichue. Ils ne l’écouteraient pas et elle n’était pas assez costaude pour se battre. Dieu, pourquoi était-elle née femme ? Le type lui saisit le poignet et le tordit. Ses doigts étaient durs et rugueux comme du bois. De l’autre main, il lui malaxa les fesses. Elle se mit à hurler.


Le film s’arrêta et l’image resta figée sur la main du malotru et le cri silencieux de sa victime. La lumière revint dans la pièce mais l’auditoire resta plongé dans un silence inconfortable, les yeux prisonniers de l’écran, comme on regarde un accident de la route. Une jeune femme s’avança sur la scène et fit une moue :
- Dégoutant, n’est-ce pas ?
Elle était petite et potelée, vêtue d’un short de toile, de sandales brillantes et d’une ample tunique blanche brodée de fleurs. Ce qui se remarquait le plus chez elle était ses cheveux, d’une étonnante couleur de lilas, qui tombaient en longues boucles souples jusqu’à sa taille. Elle reprit en souriant :
- Je suis Olympe et je serai votre guide pour cette journée, mesdames.
Elle balaya l’écran de la main :
- Je sais que, vous aussi, vous avez connu ce genre de situation, que vous avez eu peur, que vous avez souffert, que vous avez été frustrées, tristes, en colère, à cause des hommes. Tout ça, c’est fini. Bienvenue sur la planète Aldébaran !

Sur ces mots, le sol et les murs courbes de la pièce bourdonnèrent et devinrent brusquement transparents, révélant l’obscurité étoilée du cosmos et la planète toute proche, un orbe éclatant de couleurs, aux continents tirant sur le pourpre, aux mers de turquoise, nimbé de nuées cotonneuses. Deux petites lunes étaient visibles, une argentée et l’autre plus sombre. Les visiteuses lâchèrent en choeur un soupir de ravissement et se penchèrent pour mieux voir. Olympe les laissa un long moment profiter du spectacle puis :
- Elle est merveilleuse, n’est-ce pas ? Le Sapho 18 est maintenant sur sa trajectoire d’approche et j’aimerais que nous mettions à profit le temps de la descente pour nous présenter. Veux-tu commencer ?
La désignée s’arracha à regret à la contemplation du paysage et déclara d’une voix vibrante :
- Je m’appelle Letie, je suis astro-physicienne et je viens de la Terre. Oh, je suis si heureuse d’être ici !
Elle souriait de toutes ses dents et sautillait dans son fauteuil. L’excitation faisait trembler son corps rond comme une brioche, ses cuisses dodues et son énorme poitrine. La guide fit signe à la deuxième femme, une noire, très grande et sculpturale, qui se tenait raide en fronçant légèrement les sourcils :
- Je suis June, je suis avocate et je viens d’Altaïr IV. J’espère que cette journée sera instructive.
La suivante à se présenter fut une arakienne au visage couvert de plaques chitineuses, qui croisait haut les jambes sous une mini-jupe de plastique :
- Kkreth'sch, journaliste au Météore. Je ne suis pas une future migrante. Je viens vérifier si tout ce qu’on raconte sur les sorcières aux cheveux mauves est vrai ou pas.
Elle avait dit cela sur un ton goguenard et ses petites mandibules crissaient désagréablement.
- Quelle que soit la raison qui t’amène sur Aldébaran, tu es la bienvenue, ma soeur, rétorqua Olympe d’une voix douce.
Se présentèrent ensuite Dionée et sa fille adolescente Luo, deux saturniennes discrètes à la figure ronde et aux yeux bridés et Erlinn, une vénérable habitante de la planète Nab, aux fines antennes bleues et vêtue d’une robe arc-en-ciel.

Cependant, le vaisseau avait traversé l’atmosphère et planait maintenant au-dessus d’une ville, toute de pierre blanche, de jardins, de dômes argentés et d’allées bordées d’arbres. La guide ouvrit les bras :
- J’ai l’immense fierté de vous présenter Freya, la capitale de la planète, l’un des joyaux de notre civilisation.
L’appareil se stabilisa à basse altitude, à l’aplomb d’un immense parc dans lequel on pouvait apercevoir des groupes de gens aux vêtements chamarrés, principalement des femmes, paressant sur l’herbe ou marchant dans les allées fleuries. Les pelouses bien entretenues étaient d’un vert tendre tandis que le feuillage des arbres tirait sur le prune. Même à cette distance, les visiteuses ne manquèrent pas de remarquer que pratiquement toutes les promeneuses arboraient la chevelure mauve caractéristique des aldébaranes. Olympe reprit :
- Je vais commencer par un rapide historique de la ville, et par extension de notre colonie. N’hésitez pas à m’interrompre pour me poser toute question qui vous viendrait à l’esprit. Tout commence en 2063, sur la Terre. Les femmes ont obtenu de haute lutte le droit de travailler, de voter, d’avorter, de divorcer, de se marier entre elles...
L’image sur le grand écran changea pour montrer des féministes aux seins nus, les cheveux décorés de fleurs.
- Mais on ne nous accorde toujours aucune reconnaissance, aucune égalité. Nos salaires restent inférieurs à ceux des hommes, nos corps sont considérés comme des produits marketing et nous ne grapillons que des miettes de pouvoir politique. La société ne reconnait toujours pas à une femme le droit d’être vieille, laide ou de ne pas avoir d’enfant. Et la violence des hommes nous menace à chaque coin de rue et jusque chez nous.
Les chiffres des sévices conjugaux dans la Confédération Terrienne entre 2050 et 2062 s’affichèrent. La jeune femme poursuivit :
- Février 2063, une des dates les plus sanglantes de notre histoire. Le mouvement phallocrate islamo-catholique VPT attaque la communauté féminine de San Francisco. Les cent quarante-deux résidentes, âgées de douze à soixante-seize ans, sont violées et massacrées. Les femmes du monde entier sont sous le choc.

La voix d’Olympe tremblait légèrement. Des photos défilèrent : unes de grands journaux montrant des carrelages tâchés de sang, défilés de femmes vêtues de noir, portant des pancartes. Dionée avait couvert les yeux de sa fille. Letie renifla bruyamment et essuya une larme de sa main boudinée.
- Un mouvement de protestation se développe, d’abord sur Internet puis dans la rue, et gagne la planète entière. Les femmes revendiquent l’égalité et la sécurité. Rapidement, des affrontements éclatent quand les forces de l’ordre, majoritairement constituées d’hommes, veulent interdire les manifestations pacifiques, puis les dispersent dans le sang. Le mouvement se radicalise avec l’initiative No sex for you : les femmes se refusent à leurs oppresseurs. Certaines régions de la Confédération basculent dans la guerre civile hommes/femmes.
Des extraits vidéo silencieux se succédaient, montrant des banlieues réduites à des tas de décombres, des militantes menottées, aux visages marqués d’ecchymoses, des hommes politiques aux visages déformés par la colère, levant les poings.
- A cette époque, la colonisation du système solaire est déjà bien avancée et celle des systèmes plus lointains débute. La planète R480 vient d’être découverte près de l’étoile Aldébaran et l’envoi des premiers colons s’organise. Louise Leblanc, plus connue sous le pseudonyme de Cyclamen, la porte-parole des féministes de la région européenne, lance une idée sur Internet : et si R480 devenait un havre pour les femmes qui en ont assez des hommes ? C’est le raz de marée dans les médias. Le serveur qui reçoit les candidatures pour la future colonie tombe sous l’afflux de demandes. Aout 2063, le président de la Confédération Terrienne, Brian N’Guyen, cède et officialise la décision du conseil : R480 sera une colonie féminine. Louise Leblanc participe à la sélection des premiers colons, pour la plupart des scientifiques, des artistes et des intellectuelles. Elle assure que le vaisseau, rebaptisé Sapho, fera autant de voyages que nécessaire pour emmener toutes celles qui le veulent.

L’écran montra une quinquagénaire aux boucles rousses, agitant un datadisque devant une foule de femmes en liesse. Puis apparut un gigantesque vaisseau spatial chromé, orné de banderoles roses. Les visiteuses observaient, fascinées. Olympe avait retrouvé le sourire :
- Douze décembre 2063, le Sapho se pose sur R480 et la ville de Freya est fondée. La suite ressemble à un conte de fées : la vie s’organise sur la planète, très accueillante, tandis que le Sapho amène toujours plus de migrantes.
Des paysages se succédèrent, plages de sable gris perle bordées de plantes ressemblant à d’énormes ananas, jungles épaisses aux arbres pourpres et aux lianes couvertes de fleurs, formations cristallines géantes, vastes prairies portant les premières cultures vivrières, camps de tentes multicolores, peuplés de femmes joyeuses. L’auditoire observait calmement la présentation, à l’exception de l’arakienne qui s’agitait sur son fauteuil en tapotant son enregistreur.
- Louise Leblanc est élue première présidente de la colonie. 2077, le Sapho est retiré du service et transformé en station spatiale scientifique. Soixante-sept pour cent des terriennes ont alors rejoint R480, que l’on nomme à présent simplement Aldébaran. L’immigration devient réservée à des profils sélectionnés et la politique de réduction démographique entre en vigueur...
L’arakienne l’interrompit :
- Le symbole de votre colonie est un cyclamen et votre drapeau est pourpre. Cela a-t-il un rapport avec Leblanc ?
- Absolument. Le Conseil Féminin a fait ces choix à la mort de notre première présidente, afin de lui rendre hommage. Puis-je continuer ? 2081, la parthéno-conception est mise au point et les premières natives voient le jour.
L’image montra des bébés potelés et hilares, évoluant nus sur des tapis, certains pâles et piquetés de taches de rousseur, d’autres bruns comme des caramels. Erlinn, la vieille nabienne, gloussa de plaisir en les voyant et June lui jeta un regard sévère. Kkreth'sch leva une pince et intervint de nouveau :
- Vous gardez jalousement le secret de votre reproduction. Aurons-nous la possibilité de visiter un centre de conception ?
- Si vous le souhaitez.
- Et pourrai-je filmer à l’intérieur ?
Son ton était acide, comme si elle s’attendait à une réponse négative. Olympe inclina la tête :
- Bien sûr. Nous attachons une très grande importance à la liberté de la presse et nous sommes fières de notre procédé reproductif cent pour cent féminin. Mais, bien évidemment, nous ne vous dévoilerons pas les aspects techniques.
- Est-il exact que vous pratiquez l’eugénisme en vue de développer des pouvoirs psy ?
- Nous opérons une sélection sur les embryons afin d’écarter ceux qui présentent des maladies ou des anomalies. Cela nous a permis d’enrayer la décadence génétique qui affligeait l’espèce humaine. Mais nous ne sélectionnons pas les génitrices et nous n’arrangeons pas les couples. Il est vrai que des particularités sont apparues au hasard des mutations et que nous nous efforçons de les fixer.
- Des « particularités » comme des pouvoirs paranormaux ?
L’ironie de l’arakienne était mordante. La guide éclata de rire :
- Paranormaux ? Le paranormal n’est qu’un phénomène que la science n’a pas encore expliqué ! Mais en effet, certaines natives ont des perceptions extra-sensorielles ou des capacités télépathiques.
- Vous êtes donc bien des sorcières comme certains le prétendent.
La journaliste toisait son interlocutrice d’une façon provocante, espérant de toute évidence la déstabiliser. L’aldébarane ne s’était pas départie de son calme. Elle acquiesça gravement :
- Les sorcières étaient des femmes qui aidaient leur prochain par leur connaissance des plantes et qui ont été injustement martyrisées du fait de leur sexe. Ceux qui nous appellent ainsi nous font un grand honneur.
Kkreth'sch grinça doucement et se rencogna dans son fauteuil tandis que la guide poursuivait son exposé :
- 2104, la puce Testostop permet au premier homme de fouler la planète. 2126, Aldébaran établit des relations amicales avec la délégation de la planète K’wii, puis avec celle de la planète Arakia. Les femelles de ces deux espèces sont autorisées à émigrer chez nous. Tout cela nous amène au présent : 2162, Aldébaran compte désormais six cent millions d’habitantes, de treize espèces différentes. Notre influence s’étend dans tout le quadrant extérieur.
La présentation s’arrêta sur un poster où treize femelles aux apparences variées, de toutes tailles, formes et couleurs, se tenaient la main en souriant. Olympe conclut :
- Et l’année prochaine, aura lieu le centenaire de la colonie, ce qui promet une fête comme on n’en a jamais vue !
Letie se mit à applaudir, bientôt rejointe par Erlinn et la frêle Luo. Kkreth'sch lâcha un sifflement méprisant. Ses paupières rigides claquèrent sèchement sur ses yeux à facettes. La guide passa gracieusement la main dans ses cheveux mauves. Ses yeux pétillaient de bonheur :
- J’attire votre attention sur ce léger miroitement que vous pouvez deviner en altitude. Il s’agit du bouclier qui protège la cité. Il fait partie d’un vaste système de sécurité planétaire qui nous garantit contre les dangers de l’extérieur. Notre bulle va maintenant se séparer du vaisseau-mère et nous allons visiter la ville. Vous êtes toutes ici pour des raisons variées. Certaines d’entre vous souhaitent postuler pour notre programme d’immigration choisie. D’autres sont des réfugiées politiques. (elle fit un petit signe de tête aux deux saturniennes) Et d’autres viennent simplement satisfaire leur curiosité, qu’elle soit professionnelle ou non.
Elle émit un petit rire en direction de l’arakienne qui agitait fébrilement les pinces au-dessus de son enregistreur.
- Chacune trouvera réponse à ses questions. Allons-y !
La salle se mit à vibrer sourdement puis tressauta. Pendant un instant, les occupantes eurent une curieuse sensation d’apesanteur tandis qu’à l’extérieur, sur les côtés et au-dessous, passaient de petits engins ronds qui venaient, comme le leur, de se séparer du vaisseau interstellaire. Fascinée, la jeune fille saturnienne collait son visage au sol transparent.

La bulle se rapprocha un peu plus du sol et l’écran vidéo zooma sur un groupe qui, en bas, profitait du soleil. L’agrandissement permettait de juger des profondes différences entre la végétation locale et celle de la Terre. Ce qui, de loin, semblait une pelouse était en fait un tapis de petits bulbes mous, et les arbres, au lieu de feuilles, portaient de gros pompons de fibres douces, comme des boules de ouate. Le groupe comptait quatre femmes aux chevelures allant du mauve pâle au violet intense, ornées de tresses et de perles, et une télérite ressemblant à une méduse pailletée, qui jouait d’un instrument à cordes. Toutes souriaient et semblaient parfaitement épanouies. Leurs vêtements, gaiement colorés, rappelaient ceux des hippies du vingtième siècle. Letie s’étrangla quand la caméra passa sur un mâle centaurien au torse nu. Olympe la rassura :
- Tous les mâles de la planète sont « certifiés ». Le tatouage lumineux sur son front prouve que son taux d’hormones est bien sous le contrôle de la puce Testostop.
- Mais ce système est-il vraiment fiable à cent pour cent ?
Letie avait demandé cela d’une voix apeurée et elle lorgnait l’écran comme si l’image de l’homme allait lui sauter dessus.
- Absolument, ma belle. Les mâles pucés sont rigoureusement civilisés et sans danger pour nous. La puce supprime leur tendance biologique à la violence et normalise leur libido. C’est une avancée scientifique majeure pour l’humanité et les quelques autres espèces présentant ce problème de testostérone. A terme, je pense que tous les hommes intelligents en seront équipés, y compris ceux qui ne vivent pas sur Aldébaran. Après soixante mille ans à être des boules de poils agressives, les hommes sont enfin devenus fréquentables !
Elle éclata de rire et Letie et Erlinn se joignirent à son hilarité. June, la belle noire, demanda d’un ton dubitatif :
- Ça n’aurait pas été plus simple d’interdire purement et simplement les hommes ?
- Le Conseil Féminin a jugé que ce n’était pas dans notre intérêt de nous couper de l’autre moitié de l’espèce. Et, après tout, nous ne nous sommes pas éloignées d’eux par haine, mais parce qu’ils nous empêchaient de vivre librement et sereinement. Les hommes ne sont pas complètement responsables de leur mauvais comportement. Beaucoup sont vraiment méchants mais d’autres sont juste impuissants à dominer leurs hormones par la raison. Ces hormones les poussent à être violents, focalisent leur esprit en permanence sur le sexe et les empêchent de nous percevoir autrement que comme des objets de plaisir. Libérés de cette influence délétère par la puce, ils peuvent enfin se consacrer à des activités plus enrichissantes que rivaliser de vitesse sur l’autoroute ou comparer la taille de leur pénis !
Elle se remit à rire puis se contrôla et reprit, légèrement essoufflée :
- Je pense sincèrement que leur présence est nécessaire à notre épanouissement. Mais leur nombre est strictement contrôlé par des quotas. Ils sont cinq pour cent à Freya et au maximum quatre pour cent dans les villes plus petites. Leurs opinions et leur sensibilité artistique différentes sont une richesse pour notre société. Les hommes ont donc un rôle consultatif dans nos instances dirigeantes.
June haussa les sourcils :
- Je suis impressionnée par votre tolérance. Surtout après tous ces siècles d’oppression machiste.
Olympe lui fit un petit salut de remerciement :
- Nous acceptons également les neutres des espèces extra-terrestres, après de strictes expertises scientifiques, et les transsexuels. Nous prenons toutes les précautions nécessaires pour ne pas risquer de perdre cette liberté si chèrement acquise.

Un silence méditatif ponctua cette déclaration. La bulle s’éloigna du parc, prit de l’altitude et survola la ville. Freya s’étendait à perte de vue dans toutes les directions, extrêmement vaste mais peu dense. Les habitations étaient entourées de luxuriants jardins dans lesquels on apercevait des animaux en liberté, immenses volatiles multicolores ou herbivores rondouillards, et des cours d’eau coulaient librement, enjambés de ponts graciles. Le ciel tirant sur le vert semblait vierge de toute pollution et, dans les larges avenues bordées d’arbres, on ne voyait aucun embouteillage. Des éclats de chrome, un peu partout, révélaient des robots affairés à toutes sortes de tâches. La plantureuse Letie observait le paysage avec un sourire extatique tandis que la journaliste arakienne filmait sans discontinuer. La vieille nabienne se régalait elle aussi du paisible spectacle, ses antennes ondulant doucement, tandis que les deux saturniennes demeuraient murées dans leur silence. Erlinn demanda d’une voix douce :
- Quelles sont ces grosses sphères métalliques que l’on voit dans les jardins ?
- Des piscines privatives dans lesquelles nous aimons nous détendre en couple. La moitié supérieure peut s’ouvrir ou demeurer close pour plus d’intimité.
La bulle se stabilisa au-dessus d’une grande pyramide de pierre blanche, entourée de deux autres plus petites. Des bannières pourpres ondulaient dans la brise. Des femmes vêtues de toutes les couleurs s’affairaient dans les allées. Olympe montra les bâtiments tour à tour du doigt :
- Voici le siège de nos instances politiques : la pyramide Veil où travaille le Conseil Féminin, la pyramide De Gouges où se trouve le Conseil Scientifique et la pyramide Michel pour le Conseil aux Affaires Annexes. Notre présidente actuelle est Viviana Talarek. Elle est assistée par un super-ordinateur que nous nommons Les trois soeurs. La politique de notre planète est résolument de gauche. Elle privilégie l’égalité et la solidarité. Les gens sont plus importants que l’argent ; pas comme sur notre bonne vieille Terre.
Elle fit un clin d’oeil espiègle à Letie qui gloussa.
- Notre politique privilégie également l’éducation et la prévention, plutôt que la répression. Nous n’avons quasiment aucun accident de la route et nous ne possédons qu’une seule prison pour toute la planète. Mais c’est bien naturel puisque la violence et les crimes sont principalement le fait des hommes. Notre économie est bien encadrée et nous avons appris des erreurs terriennes : la spéculation est interdite. Comme nous favorisons la recherche scientifique, nous exportons des produits d’un très haut niveau technologique qui ont fait notre fortune. Vous avez sans doute déjà essayé un Canapé-brume, une Simu-salle ou un vêtement en tissu Aqua. L’émulation et le partage sont nos valeurs. La compétition est chez nous remplacée par l’entraide. Nous nous assistons les unes les autres dans la vie de tous les jours, afin que nulle ne reste seule ou dans la détresse. Notre devise n’est pas qu’une décoration gravée sur un fronton.
- Liberté, égalité, sororité, murmura Erlinn, pensive.

Kkreth'sch leva une pince et demanda :
- L’écologie semble également au coeur de vos préoccupations.
- Tout à fait, darling.
L’arakienne tiqua fortement à l’énoncé du surnom mais elle ne répliqua pas. Olympe continuait :
- Nous nous efforçons de vivre en harmonie avec la nature, notre mère. Aldébaran a une flore et une faune merveilleuses et nous voulons à tout prix éviter de les détruire. Nous ne pratiquons aucune terra-formation et nous n’avons amené quasiment aucun organisme terrien afin de ne pas altérer les éco-systèmes. C’est à nous de nous adapter à notre nouvel environnement, pas à lui à se plier à notre joug. Nous privilégions les énergies renouvelables et non polluantes, chaque maison possède des panneaux solaires et une mini-éolienne, nous décourageons la possession de véhicules individuels, nous recyclons tout, nous consommons peu, nous mangeons local... Et en premier lieu, nous contrôlons la démographie. L’immigration ne se fait que sur dossier et nous avons pour objectif d’abaisser notre nombre à deux cent millions d’ici un siècle. La nature aussi est plus importante que l’argent, pour nous.
- Cette planète est un véritable paradis ! s’exclama Letie en joignant les mains.
Kkreth'sch claqua des mandibules et lâcha avec mépris :
- Pollution et modernité vont ensemble. Ne pas polluer, c’est se condamner à une vie de bouseux, éclairé à la bougie, à brouter des salades vertes.
Olympe lui fit un large sourire :
- Si nous avons le temps, je vous ferai goûter des plats aldébarans végétariens.
Kkreth'sch émit une stridulation exaspérée et se remit à manipuler son enregistreur.

Le vaisseau vira et s’éloigna des pyramides blanches. Il survola un immense lac scintillant, en périphérie de la ville.
- Le lac Nyota. Sur ses rives, a lieu notre plus grand festival annuel, consacré à la musique et à la danse.
L’écran zooma sur la plage, où de nombreuses femmes aux cheveux violets se baignaient, la plupart complètement nues. La jeune Luo les regardait avec des yeux ronds, sans rien dire. Olympe s’approcha et posa une main fine sur son épaule :
- Sur Aldébaran ma cocotte, on peut se mettre à l’aise sans craindre de parole ou de geste déplacé. Les rares hommes présents sont « certifiés » fréquentables.
La jeune fille continua d’observer les baigneuses et un immense espoir illuminait son petit visage triste. La guide expliqua :
- Nous sommes entre nous ici. Je sais que cela peut paraitre difficile à imaginer pour les filles de l’extérieur mais ici, on accepte son corps et il n’y pas que le physique qui compte. Nous valorisons la vraie beauté, celle du coeur et de l’esprit. Personne ne va vous critiquer parce que vous êtes grosses ou que vous avez de petits seins. Et si vous vous maquillez, c’est pour vous-même et pas pour attirer une miette d’attention de la part des machos du coin.
Elle soupira et son visage exprimait une immense ferveur :
- Ici, on ne connait pas le harcèlement sexuel. Il n’y a pas de phallocrates pour nous obliger à coller à des canons esthétiques ridicules et contre nature. Pas d’opération chirurgicale pour ressembler à une poupée-mannequin, pas d’anorexie.
June sembla réfléchir un long moment à cette déclaration. Les yeux de Letie brillaient de plus en plus à chaque nouvelle information et Erlinn hochait la tête en silence. En bas, les aldébaranes jouaient au ballon dans les embruns ou pique-niquaient sur la plage de sable gris. Certaines, à l’écart, les yeux dans le vague, évoluaient sans doute dans le réseau virtuel. Sous un bosquet, une fête s’improvisait et des femmes de tous âges dansaient et frappaient dans leurs mains.

La bulle reprit de l’altitude et revint vers le centre de Freya. Elle survola un ensemble de pavillons munis d’immenses baies vitrées. Olympe commentait :
- Voici la bibliothèque Keller, où nous conservons les oeuvres littéraires non dématérialisées, le conservatoire Marianis, où on peut apprendre toutes sortes d’arts, le musée Chanel, dédié à la haute-couture, le musée Sand...
Des navettes rutilantes, glissant sur des rails magnétiques, déversaient des groupes de visiteuses avides de culture, certaines tenant des enfants par la main. L’écran du vaisseau montrait des oeuvres d’art aldébaranes, élégantes sculptures de verre pourpre, peintures virtuelles en quatre dimensions, chorégraphies complexes effectuées en apesanteur, vêtements multicolores brodés de fleurs et de perles.
- L’art et la créativité sous toutes leurs formes sont encouragés dans notre société. Freya compte de nombreux théâtres, ludodromes, cinémas, restaurants et narcions. Bien sûr, toutes nos oeuvres passent haut la main le test de Bechdel !
Elle fit un clin d’oeil à son public puis leur montra des laboratoires de recherche, l’un d’entre eux équipé d’un impressionnant télescope. Les scientifiques y étudiaient des sources d’énergie non-polluantes, des robots propres à décharger la population des tâches pénibles, des traitements pour diminuer les signes du vieillissement... Freya comptait aussi des bâtiments dédiés aux activités physiques, salles de gymnastique, instituts de massage et pistes de course. La petite Luo désigna des coureuses et bredouilla quelque chose, d’une voix si basse qu’elle en était inintelligible. Olympe se pencha sur elle, lui balayant les épaules de ses boucles lilas. La jeune fille lui répéta sa question à l’oreille.
- Ca petite soeur, c’est une de nos traditions. Celles d’entre nous qui cherchent l’amour accrochent ce voile rose dans leur chevelure. Tu pourras en avoir un dans quelques années si tu as envie.
Erlinn leva une main parcheminée :
- Depuis que nous survolons la ville, je n’ai pas vu d’églises...
- En effet. Nous avons rejeté les religions, qui, pour la plupart prônent l’asservissement des femmes. Aussi, tu ne trouveras aucun temple, de quelque confession que ce soit sur la planète. Certaines d’entre nous pratiquent encore le paganisme terrien mais dans un cadre strictement privé. Nous sommes une civilisation de la raison et de la science. La religion ne peut y avoir une place, comme...
- En somme, vous êtes parfaites ?

Kkreth'sch l’avait interrompue et ses élytres atrophiées crissaient dans son dos. Son ton était acide :
- Tout est merveilleux ici, paix, harmonie, bla bla bla... Pas de violence, pas de pollution, pas de poils. Toutes les filles sont des princesses ; elle chie des arcs en ciel et pètent des paillettes !
Olympe cligna plusieurs fois des yeux, interloquée par l’agressivité soudaine de l’arakienne :
- Eh bien... nous faisons de notre mieux pour que chacune s’épanouisse et ait la meilleure vie possible...
- Il y a forcément une face sombre à ce monde et c’est ça qui m’intéresse. Pas ce que vous montrez depuis toute à l’heure et qui n’est que dentelle et rose bonbon. Parlez-nous plutôt des coulisses. Parlez-nous des inadaptées.
- Mais que voulez-vous savoir ?
- Les hommes ne vous manquent pas ? Vous n’êtes pas frustrées ? Les sex toys, même bien conçus, ils ne remplacent pas un mec !
Letie émit un « oh » outré et June foudroya la journaliste du regard. Olympe haussa un sourcil puis, sans se démonter :
- Une grande majorité d’aldébaranes sont lesbiennes. C’est un choix nettement plus logique que l’hétérosexualité. Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu’il vaut mieux être une femme pour savoir comment combler une autre femme. Et ainsi, pas de dominance malsaine, pas de déséquilibre dans les besoins, source de conflit au sein des couples. Pas besoin de contraception toxique. Ce choix est d’autant plus normal que la sexualité est dé-corrélée de la reproduction depuis longtemps. Vous nous trouverez très libérées d’un point de vue sexualité. Nous pratiquons l’amour libre, les rapports en groupe... Oh que non, nous ne sommes sûrement pas frustrées.
Elle souriait largement et ses joues s’étaient colorées d’un rose tendre. Kkreth'sch siffla de dépit puis contre-attaqua :
- Si votre société c’est si géniale que ça, pourquoi n’en faites-vous pas la publicité ? Pourquoi n’y a-t-il pas de tourisme sur votre planète ? Pourquoi vous voit-on si peu sur les autres mondes ? Pourquoi les visites comme celles-ci s’effectuent-elles au compte-goutte ?
- Comme je vous l’ai dit, nous voulons diminuer la population afin de préserver la nature. Nous ne pouvons malheureusement pas accueillir toutes celles qui veulent nous rejoindre. Nous cultivons donc une certaine discrétion. Mais le Conseil Féminin prépare la fondation d’une seconde colonie.

L’arakienne digéra un moment cette révélation. Cela lui ferait au moins un scoop à ramener. Olympe la fixait avec calme, les bras croisés sur sa poitrine, l’air aimable. Se redressant brusquement, la journaliste lança :
- Cette diminution de la population doit entrainer des drames, j’imagine ? Celles qui veulent des enfants ne peuvent pas en avoir !
- Au contraire ! Chaque couple a le droit d’avoir une fille. Elle est conçue à partir d’un ovule de l’une des mères et d’une cellule souche de l’autre, artificiellement différenciée en cellule mobile. L’embryon, obligatoirement femelle, est implanté dans l’utérus de l’une des mères ou confié à une cuve gestationnelle, au choix de la famille. Ici, la pression pour « pondre » n’existe pas. Seules celles qui en ont réellement envie enfantent.
L’écran de projection montra de gracieuses petites filles aux cheveux pourpres prenant le thé dans des dinettes ou enfilant des perles irisées.
- N’avoir qu’un enfant permet de lui consacrer toute l’attention nécessaire et de bien l’élever. Nos filles grandissent dans nos valeurs : pas de violence, valorisation de la bonté et de la communication. Ici, les jeux d’enfants n’ont pas de sexe. Les petites peuvent jouer aux vaisseaux spatiaux et à bricoler si elles le souhaitent. Nous avons bien évidemment fait disparaitre ces clivages rétrogrades qui limitaient les enfants filles à des rôles de bonniche ou d’infirmière. Mais nous ne leur donnons pas de jouets en forme d’armes car la guerre n’a rien d’amusant. Libres de leurs jeux, elles ne restreignent pas leurs choix professionnels et prennent ensuite librement leur place et leurs responsabilités dans la société.
Kkreth'sch se rassit, visiblement contrariée. Olympe la regarda s’agiter. Après plusieurs minutes d’un silence tendu, elle reprit la visite.

La bulle s’approcha d’un grand parc arboré, dans lequel émergeaient de petites maisons. Des silhouettes en robes blanches parcouraient les allées.
- Notre visite s’achève avec la Maison de la Sérénité, un des piliers de notre société. Il s’agit d’un établissement de santé mentale qui bénéficie des dernières avancées de notre science.
Les yeux à facettes de Kkreth'sch se braquèrent sur la guide, avides :
- A voir la taille de l’établissement, il doit y avoir pas mal de dingues chez vous !
- Allons, ma soeur, oubliez vos lieux communs ineptes ! Il n’y a pas besoin d’être « dingue » pour prendre soin de son équilibre mental ou admettre qu’on a besoin d’aide.
- Et vlan !
C’était Letie, qui fit un petit signe du tranchant de la main à la journaliste. Celle-ci se renfrogna et fit mine de tapoter son enregistreur. Olympe continua :
- Dans la Maison de la Sérénité, on peut trouver une écoute, des conseils. On apprend à mieux communiquer. On cultive l’empathie et le développement personnel. Les nouvelles arrivantes suivent également une cure de plusieurs mois pour se défaire de leurs modes de pensée biaisés. Quand on a grandi dans un monde de phallocrates où les femmes ont juste le droit d’être belles et de se taire, d’être des mères ou des objets sexuels, de faire leurs deux journées de travail par jour sans se plaindre... Quand on a grandi dans un monde où une femme ne peut pas être présidente, où elle est forcément la potiche débile du film... Quand on a grandi dans un monde pareil, on a forcément des idées déformées et un terrible complexe d’infériorité. Il faut du temps et de l’aide pour s’en défaire. Du temps pour se convaincre que ne pas vouloir d’enfant ne fait pas de nous une femme incomplète. Du temps pour oser haïr les mâles. Du temps pour les pardonner. Du temps pour les oublier et devenir libre.
Letie et June manifestèrent leur assentiment. La grande noire hocha plusieurs fois la tête :
- Je suis venue ici avec des à priori mais vous m’avez convaincue. Je vais déposer un dossier d’immigration à mon retour.
- Je vous souhaite de tout coeur d’être sélectionnée. Le violet s’accordera à merveille avec votre jolie peau ! Oh ! Mais j’ai oublié d’en parler !
L’écran montra deux photos comparatives de la même jeune femme, blonde à gauche et les cheveux lavande à droite. La guide ramena sa chevelure sur le devant de son corps :
- Nos cheveux particuliers sont obtenus par une injection génique chez les nouvelles arrivantes et une altération phénotypique chez les natives. Bien sûr, ce n’est pas obligatoire mais la plupart d’entre nous choisissent d’arborer ce signe d’appartenance.
L’arakienne grinça des mandibules et demanda sèchement :
- Et pour les espèces qui n’ont pas de cheveux ?
- Allons donc, seriez-vous en train d’envisager de nous rejoindre ? Voulez-vous devenir une « princesse », vous aussi ?
Olympe éclata de rire et les autres occupantes du vaisseau se joignirent à elle. Erlinn leva les mains, paumes vers le haut, solennelle :
- Ainsi s’achève le règne tyrannique des mâles. Enfin.
Olympe acquiesça avec un sourire radieux :
- Enfin et à jamais.


Est', féministe impénitente.

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