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De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Jeudi 16 octobre 2008 à 18:29:45
Vieilles canailles





L’évolution bien sûr se fit de manière progressive, et même insidieuse, car la mentalité terrienne, prudente et avide de traditions, présente une résistance aux changements beaucoup plus élevée que chez la plupart des créatures vivantes du Multivers.
On peut sans doute détecter les prémisses de cette évolution pendant le krach de 2008 ; la gestion imprévoyante de certains financiers déclencha une dépression sévère, que la mondialisation entraîna dans un gouffre sans fond. Quand les Banques d’Etat et les Grands Assureurs furent à court de moyens, ils décidèrent d’un commun accord de puiser dans les Caisses de retraite, dans l’espoir de remplir, même partiellement, ce tonneau des Danaïdes qu’était devenue l’économie mondiale. Le chômage atteignit des chiffres absurdes, de l’ordre de 30 % de la population active ; les gouvernements licencièrent plus de la moitié des fonctionnaires, bradèrent au plus offrant les monuments historiques et les oeuvres d’art des musées, tout en refusant catégoriquement de réduire les émoluments des hommes politiques; ces mesures dérisoires ne firent qu’amplifier le désordre. Quand il apparut clairement que la situation était sans issue, les chefs des dix états les plus puissants se réunirent en secret et se prononcèrent à l’unanimité pour le seul recours possible afin de diminuer les charges du chômage et de relancer l’épargne : la guerre.
Le but à atteindre était de diminuer la population terrienne de 20%, objectif qui fut largement atteint en quelques mois. Toutefois, afin de préserver l’avenir des survivants, aucune arme nucléaire ne fut utilisée. Parallèlement, avec le prétexte de l’effort de guerre, toutes les aides financières et logistiques aux pays en voie de développement furent suspendues, ce qui, par le fait de maladies, famines et luttes fratricides, entraîna l’extermination de presque un continent entier.
Quand le conflit cessa, la pyramide des âges avait été profondément remaniée, avec une destruction préférentielle de la tranche 20 – 40 ans. Les Gouvernants, qui faisaient tous partie des seniors, se trouvèrent alors confrontés à une situation totalement nouvelle : la population active traditionnelle avait été largement décimée, et les Caisses de retraite étaient en cessation de paiement. Il fallait donc envisager de prolonger la durée de travail des survivants jusqu’à leur mort, ce qui n’était pas sans poser quelques problèmes ardus. Comment rendre productive, et heureuse de l’être, une population vieillissante et donc plus sujette aux maladies, et tout simplement, à la fatigue physique et à l’inefficacité intellectuelle ? Comment éviter les mouvements sociaux de révolte ? Si même on réussissait à prolonger l’espérance de vie, comment empêcher que les nouvelles générations ne viennent concurrencer les anciens sur le marché du travail ?

La réponse à ces interrogations fut double : d’une part fut lancé un vaste programme de limitation des naissances, sous le prétexte que les ressources de la planète s’épuisaient plus vite que prévu ; d’autre part l’effort fut mis sur la recherche :
- recherche en robotique, la plus urgente, afin que des machines, puissantes, polyvalentes et dociles, viennent remplacer les humains dans toutes les tâches où la force physique était indispensable.
- recherche en médecine, également, afin de prolonger la durée de vie humaine avec une meilleure résistance aux maladies, et surtout la conservation d’une efficience physique et mentale compatible avec la poursuite de l’activité professionnelle.


La chance sourit enfin à la planète Terra, durement éprouvée par les décisions peu altruistes de ses dirigeants. Une équipe Suisse (un tout petit Etat célèbre pour ses banques, sa neutralité en cas de conflit, ses montagnes, ses horlogers et ses friandises), découvrit un procédé permettant de transformer des cellules diversifiées en cellules souches, capables de se multiplier et de régénérer tous les tissus où elles étaient injectées ; mais le véritable génie de l’affaire fut un biologiste pakistanais, qui découvrit l’adjuvant évitant que ces cellules souches ne puissent dégénérer en cancers. La protéine G, extraite du géko, petit lézard familier qui avait toujours eu la réputation de porter bonheur, fit de lui pendant de longues années l’homme le plus adulé et le plus riche de la planète.
L’espérance de vie humaine passa, en moins de dix ans, de 75 à 250 ans, ce qui fut le véritable tournant de l’évolution humaine. Bien entendu, les riches et les puissants furent les premiers à bénéficier de l’aubaine, afin de consolider leur position.
Le développement de la robotique fut par contre essentiellement lié aux échanges secrets avec Hypra, Titan et Sellix, les trois premières planètes de la galaxie XKA 325 qui entrèrent en contact avec Terra. Ceci permit de réduire à néant le besoin en main d’oeuvre non spécialisée. De ce fait, la maintenance et la surveillance vidéo des robots représentèrent la plus grande partie du travail manuel encore nécessaire.
Les structures éducatives et scolaires s’en trouvèrent profondément modifiées.


Dans les années 2050, la situation était la suivante : la dénatalité battait son plein, le taux de fécondité atteignant les 0,30. Les crèches furent détruites et remplacées par des centres de massage, thalassothérapie, physiothérapie et cures d’entretien (nom pudiquement attribué aux injections répétées de cellules souches). Les écoles n’accueillirent les élèves qu’à partir de 20 ans ; auparavant, les enfants et jeunes gens fréquentaient des établissements « d’accueil », internats gratuits mais obligatoires où toute mixité était prohibée. Tout enseignement étant interdit, on occupait les élèves à des activités manuelles qu’ils n’auraient probablement jamais l’occasion de pratiquer plus tard, puisqu’elles étaient dévolues aux robots. Ils pratiquaient également toutes sortes de sports (activités physiques individuelles ou en groupe régies par des règles strictes), vestiges des civilisations passées au même titre que le culte de la beauté et de la jeunesse.
Les jeunes qui le désiraient, ou dont les parents ne pouvaient payer le prix exorbitant des études, commençaient leur formation pratique à 20 ans, formation d’où toute connaissance théorique était exclue, pour le plus grand bénéfice des dirigeants en place pour qui, mais c’est une évidence, l’illettrisme a toujours été le meilleur rempart contre les troubles de l’ordre public.
Pour ceux qui suivaient un cursus scolaire, la durée des études s’échelonnait entre 10 et 20 ans. Seule une minorité pouvait y engager les frais nécessaires, ce qui garantissait aux riches la certitude que leurs rares rejetons seraient en situation de plein emploi. Bien entendu, cette société ultra conservatrice se donnait les moyens de limiter les risques de changement : certaines matières comme l’histoire et la philosophie, réputées subversives, n’étaient plus enseignées.
La majorité légale, autrefois fixée à 18 ans dans la plupart des pays, fut déclarée notion caduque et remplacée par celle de citoyenneté : pour être citoyen, avoir le droit de voter et de former un couple, il fallait avoir un emploi, ce qui, en raison de la durée particulièrement longue des études (comprenant notamment de longues années de stage non rémunéré, ne pouvait pas se produire avant 30 ans, et plus volontiers autour de 40.
Avant la crise, la plupart des Etats influents (c'est-à-dire riches) étaient des démocraties. En apparence, rien ne changea. La démocratie donne au peuple l’illusion de se gouverner lui-même par l’intermédiaire de ses représentants. Mais la véritable démocratie - utopie encore jamais atteinte, sur aucune planète connue à ce jour -, nécessiterait un degré d’honnêteté et de responsabilité dont seuls les vrais libertaires peuvent avoir une idée précise. Dans la réalité, la démocratie permet de laisser le pouvoir à une caste fondée sur l’argent, l’hérédité, le compromis et le favoritisme ; les quelques inévitables idéalistes sont en général rapidement assimilés, ou détruits par le système. Néanmoins le vote du peuple étant potentiellement facteur d’instabilité (quoique de fait cela se produise rarement), la nécessité pour les dirigeants en place d’un immobilisme rassurant les amena à n’utiliser le suffrage universel que pour les élections locales au plus petit niveau possible ; du niveau régional au niveau national, et bien entendu au niveau mondial quand le Conseil Suprême Terrien fut créé, les élections se firent par suffrage indirect.
Sur le plan théorique, l’observateur extérieur pourrait s’étonner qu’au décours d’un krach dont la mondialisation était en grande partie responsable, les gouvernants aient non seulement continué dans la même voie mais soient allés encore plus loin dans le même sens. Même s’il est établi dans tout le Multivers que la politique du « plus de la même chose » conduit inéluctablement au désastre, les dirigeants de l’époque, campés sur leur position et refusant de renoncer à une once de leur pouvoir, préférèrent mondialiser non seulement l’économie mais aussi la politique, plutôt que de remettre en cause leurs pratiques au risque d’être destitués. Ainsi les différences nationales s’estompèrent peu à peu ; le risque de guerre mondiale était totalement écarté, mais en contrepartie de petits foyers de guerre civile entre ethnies proches éclosaient régulièrement, soigneusement respectés voire entretenus comme un exutoire salutaire aux frustrations inhérentes à une société rigide et non-permissive, et surtout comme un rempart contre toute velléité de contestation du pouvoir établi.



Le système de santé s’uniformisa sur toute la planète pour devenir exclusivement payant. Quelques grandes campagnes médiatiques, et un conditionnement habile entamé dès la petite enfance, transformèrent les mentalités en moins d’une génération, avec l’apparition de la notion pervertie de « dignité humaine », qui devenait le refus absolu de toute aide caritative ou étatique en cas de maladie, accident ou handicap. En conséquence, l’épargne se mit à progresser aussi vite que disparaissaient les notions d’entraide et de solidarité. Les enfants handicapés étaient euthanasiés dès la naissance, les grands malades et autres accidentés de la vie totalement laissés pour compte, ce qui les amenait à mourir rapidement s’ils ne s’étaient pas suicidés avant.


La caste dirigeante, maintenue en bon état physique et mental par les progrès de la médecine, avait néanmoins besoin de dérivatifs ; il n’y avait plus de sport, toute activité physique étant considérée comme dégradante puisque pratiquée par des êtres inférieurs (les robots et les enfants). Les activités artistiques, toujours plus ou moins suspectes de subversivité, n’étaient pas non plus au goût du jour. Paradoxalement, alors que les moeurs devenaient d’une rigidité fanatique, les maisons de tolérance furent légalisées et leur fréquentation considérée comme un passe-temps de bon aloi. Pour résumer de manière un peu caricaturale, on pourrait dire qu’en dehors de leurs horaires de travail, les pauvres s’entretuaient tandis que les riches allaient au bordel.


L’ordre public, dans une société aussi bien structurée et par ailleurs largement vidéosurveillée, était maintenu par des robots policiers, programmés pour tirer à vue devant toute infraction à la loi, sans distinction de gravité. Ce système était économiquement rentable, puisqu’il rendait inutile l’entretien de prisons et de tribunaux.



Le « modèle terrien »fut longtemps cité en exemple aux quatre coins du Multivers, comme un parangon de cohérence et d’efficacité.





Extrait de « Histoire de Terra », de Stilzion Nelkvoor, historien transgalactique et conseiller gouvernemental sur Titan (XKA 325).


Narwa Roquen
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