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De : Maeglin ![]() Page web : http://Maeglin Date : Vendredi 16 octobre 2009 à 13:22:14 | ||
Un dimanche d'octobre C'est terminé. C'est terminé et personne ne va mourir. L'intensité dramatique en pâtira sans doute, mais j'expliquerai aux lecteurs qu’il n’est plus que cette façon de lire, à l’envers de la vie, rebroussant une à une les pages pour enfin refluer à la source, retourner au début de l’histoire, là d’où nous étions partis. Tu te tenais encore ici il y a quelques minutes. Je lisais. Tu allais partir, et j'essayais de comprendre pourquoi tu étais venue. Ça t'agaçais... tu m'as frappé. Deux fois, deux coups au coeur. Être interrompu dans l’exercice délicat de la lecture à contrefil m’a obligé à une épuisante gymnastique de chronologies, à la manière d’un saumon repris par le courant qu’il s’évertuait à remonter. Tu m'as quitté. Je note que tu m'as quitté un dimanche d'octobre, alors qu'il fait très froid et que j'avais prévu que nous irions dîner chez des amis. Je vais devoir annuler, certes, mais j'ai la fin de notre histoire, je peux continuer à la réécrire. Tu étais la première. Le reste s’est construit pour que tu survives, pour que la musique continue d’une manière ou d’une autre. Mes projets, mes caprices, mes limites, mes autres amours... jusqu’à ce sofa trop grand pour nous deux où je languis encore, et où l'idée que tu m'échappes commence douloureusement à se faire sentir. Je n'ai jamais transigé sur notre intimité, j’ai toujours attendu d’être le seul, que les ombres aient terminé avec le feu leurs danses moqueuses, qu’il ne reste enfin entre toi et moi que la pudeur du premier souvenir. J'avais quoi... deux ans et demi, c'était l'anniversaire de ma soeur et je me rappelle qu'on dansait dans le salon avec des chapeaux de clowns. C'était la première fois que je te voyais. Peut-être nous sommes-nous déçus l'un l'autre, à trop exiger de nos jeux malhabiles. Je n'étais pas très doué pour ces amusements, et même parfois jaloux des autres qui te tournaient autour, le regard fier, croquant tes chairs à pleines dents. Certains allaient jusqu'à se détourner de toi pour que tu les reprennes. Au fond tu ne restais plus que par habitude. Ou par intermittence. Nous eûmes de belles années tout de même, quelques cotillons pour ressembler à d'autres, des courses dans les vagues, des espoirs d'horizons. Et souvent, je me souviens, nous marchions simplement ensemble dans la forêt avec le chien et je te trouvais belle. Ces derniers temps, je restais des heures sur ce sofa à relire notre histoire. Je mangeais. Je buvais. Je fumais. Trop. Je voulais comprendre et tu me demandais de vivre. Tu n'as fait que me quitter un dimanche d'octobre. Alors personne ne va crever ce soir parce que tu t'en vas voir ailleurs. Ils diront que c'est une crise cardiaque: moi, je suis mort à deux ans et demi, à l'instant où je me suis senti vivant. Je connaissais la fin, il me manquait le reste. Ce message a été lu 6474 fois | ||
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