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 Répondre à : Wa, exercice n°89 partie 4, où Lou a enfin un papa. 
De : Netra  Ecrire à <a class=sign href=\'../faeriens/?ID=117\'>Netra</a>
Page web : http://terredelune.eu
Date : Mercredi 30 mars 2011 à 12:46:02
Première Chasse

Et puis... il se retransforme en humain, progressivement. Le museau rétrécit, la tête redevient visage, je retrouve le viking géant qui m'a fait incendier une église et voler des livres.
Il me toise, me dévisage lentement, j'ai l'impression de voir quelque chose qui ressemble à un sourire sous sa barbe. Il grogne, mais ce n'est pas un grognement bougon ou agressif : c'est une approbation. Et puis il se penche vers moi, lentement, très lentement, j'ai l'impression qu'il va au ralenti. Je comprends d'un seul coup. C'était un jeu. Il voulait savoir si je saurais me battre, résister, si j'étais assez forte. Il voulait vérifier qu'il avait choisi quelqu'un de capable. J'ai réussi ? Érik, tu veux bien de moi pour fille ? Je sens des larmes qui perlent à mes yeux, je les retiens. C'est stupide, on dirait une damoiselle gourdasse dans son donjon ! Mais je suis tellement heureuse ! J'ai réussi, je le sais, je le sens, il ne dit rien mais il ne cherche pas non plus à le cacher. Il est fier de moi. Il accepte d'être mon père. Il ne m'a pas abandonnée, il m'a donné ma chance de faire mes preuves devant lui. Ses mains énormes attrapent mes bras et les immobilisent, mais je comptais pas me débattre. Je bougerai pas. Il incline la tête et me plante les crocs dans le cou. Je sens mon sang qui bouillonne en jaillissant hors de moi. Ça fait un mal de chien, mais du bien en même temps, une chaleur douce et brute à la fois qui m'envahit. J'ai l'entrejambe qui brûle et mouille en même temps, je n'avais jamais connu ça. Tout mon corps frissonne comme si j'avais froid et sue comme si j'avais chaud. Je me sens -
Bien.
Tellement bien. 
Je... 
Le plaisir... C'est de ça que parlait maman le soir de mes fiançailles avec Romaric ? Le plaisir ? Cette brûlure à l'intérieur, douce comme un rayon de soleil et intense comme des braises à châtaignes ? Plus tendre et plus vive que quand on abuse du vin à la fête de Pâques ? Plus agréable qu'un baiser ? 
C'est ça, le plaisir ? La sensation de pouvoir mourir sans rien regretter ? De pouvoir tout abandonner pour prolonger ce moment-là encore un peu, un peu, un peu...
Érik...
Ne t'arrête pas, s'il te plait. Ou alors tue-moi. 
Ah, j'oubliais. 
C'est exactement ce que tu fais... 
Je suis en train de mourir.
Je sens mon corps qui s'affaiblit. Qui tremble un peu. 
J'ai vraiment froid maintenant.
Mais pas peur. 
Je sais quÉrik me retiendra au bord de la mort aussi longtemps qu'il le faudra. Il ne me laissera pas basculer. 
L'image du corps pendu de Romaric, les yeux crevés par les corbeaux, me revient brutalement à l'esprit. Et puis mon père qui me bat parce que j'ai perdu un mouton. La chose de l'église qui joue avec moi. Le visage agonisant de Bartholomey. Le regard méprisant de damoiselle Hildegarde, de Philippe, des villageois. Jehan qui saigne de tout le visage, la joue dévorée par la gangrène. Le cachot de Dinan, le prévôt qui agite mon croc devant moi en menaçant de me torturer. Sig' qui annonce qu'Abélard est devenu seigneur de la ville de Dinan. L'humiliation de se faire recoudre le dos par la femme de Mael, après la punition d'Érik. La peur face au serpent qui hypnotise damoiselle Hildegarde. Le rire dément de Sig' dans l'ombre de la porte. Le désespoir de cette nuit où je me suis écroulée de sommeil contre le châtaignier, après la mort de Romaric.
Je ne vois plus rien. Ma peau est à vif, irritée et enflammée en même temps par le contact d'un de ses bras. Où est l'autre ? Tout à l'heure, je sentais les deux, je...
Ah... 
Une goutte de liquide vient de tomber sur ma lèvre. C'est chaud, âpre et sucré en même temps. Je lèche, instinctivement. C'est du sang. Le sang d'Érik. Il tient son deuxième bras au-dessus de ma bouche, ça goutte, ça goutte... Je lève la main, je m'accroche à l'avant-bras d'où coule le filet de liquide rouge, je me hisse vers lui, j'ai envie de ce sang, j'en ai besoin, je veux vivre ! Je veux vivre ! Je ne veux pas mourir, je veux vivre, je veux du sang, je veux ce sang !
Mes lèvres se plaquent autour de la coupure dans la veine d'Érik. J'en avale quelques poils de loup, ses avant-bras en sont couvert, peu importe, seul le sang importe, le sang, la vie ! J'aspire, je lèche, puis il m'arrache à sa plaie d'un grand coup de coude dans les côtes. Je m'écrase par terre, le souffle coupé, et puis je me relève d'un bond, je ne sais pas comment, courbée vers l'avant, prête à bondir, à fuir, à tuer.
Tout est très net. Incroyablement net. Je vois tout, très bien, même s'il fait nuit. J'ai l'impression que mes yeux se sont ouverts aux ténèbres. J'entends aussi. Jusqu'au pas des insectes dans l'humus. La terre chante, vibre, je le sens, je le sais, et en moi...
En moi... 
Il y a une bête. Aussi féroce et forte et ardente qu'Érik, aussi violente et sauvage aussi. Elle gronde. Elle veut sortir. Elle veut du sang.
Je ne dis rien. Je ne peux pas. Je ne sais pas si je suis Lou ou si je suis la bête ou si je suis les deux à la fois. J'ai l'impression que quelque chose qui, en moi, sommeillait depuis longtemps vient de se réveiller. Je me sens puissante et faible à la fois. J'ai soif. En moi, la bête rue. Elle veut sortir. Elle veut prendre le contrôle, elle veut vivre, elle veut me sauver. Elle essaie de faire taire mon esprit. Elle essaie de prendre le dessus sur Lou-l'humaine. C'est Lou-la-bête.
Je suis l'une et l'autre. 
Je suis la bête et l'humaine en même temps et encore autre chose. J'ai l'impression que je vais céder, que mon esprit Lou-l'humaine fait digue pour ne pas se laisser submerger par Lou-la-bête. Je veux tuer. Je veux du sang. Je veux vivre. 
Calme-toi, Lou. Tu as soif, très soif, c'est vrai, tu as soif. Oui, tu veux boire. Tu veux du sang. Ne t'inquiète pas... 
Je ne veux pas que Lou-la-bête gagne. Elle ne sera pas capable de réagir comme il faut. Elle survivra, mais elle fera une erreur. Calme-toi. Fais confiance à Érik. 
Je bande toute ma volonté pour faire comprendre à Lou-la-bête qu'elle ne doit pas sortir maintenant. Que le sang va venir, que je vais vivre. J'ai l'impression de n'avoir jamais rien fait d'aussi difficile de toute ma vie. Même ne pas se précipiter à l'intérieur du château quand j'ai compris que Romaric s'était fait prendre c'était rien à côté de ça. Je rue, je gronde en moi-même, c'est toujours moi et je me parle à moi. Je suis les deux en même temps et mêlés et opposés. J'attrape mon bras et je le serre fort, très fort avec mon autre main, en plantant mes ongles dans ma peau, pour ne pas lâcher prise. Je ne dois pas succomber à la soif, j'ai soif, une soif de sang qui va me rendre folle si je me laisse aller un seul instant. 
Calme-toi, Lou. La folie, c'est comme la haine. C'est mauvais pour la survie. Bête en moi, je vais étancher ta soif, alors ne m'envahis pas. Je vais étancher ta soif. Je vais étancher ma soif. 
Je suis calme, maintenant. J'ai toujours aussi soif, je veux boire, mais je suis lucide. Je n'ai pas succombé à la bête. Elle est prête à jaillir mais pour le moment, elle s'est tapie dans un coin de moi, silencieuse et attentive. Je ne dois pas la décevoir, ou elle ressortira. 
Je me redresse, je lâche mon bras. Le combat est terminé, pour le moment. Mais je suis incapable de penser à autre chose qu'à la soif. 
Je lève les yeux vers Érik. Il a l'air content, à sa manière.
- Première chasse, petite. 
Il se retourne, je le suis en titubant. Deux ou trois dizaines de pas plus loin, on trouve un homme occupé à se frotter le bas du ventre contre un porc. Il nous tourne le dos et pousse de petits cris, on dirait ceux de Maman quand Papa et elle allaient dans la grange. Je ne comprends pas ce qu'il fait, mais je sens qu'il n'est pas comme Érik et moi. Je ne le vois pas comme un humain, mais comme une proie. Comme une réserve de sang. Lou-la-bête rue en moi. Elle le veut. Lou-l'humaine aussi. J'ai soif. Tellement soif ! Je sens la barbe d'Érik tout près de mon oreille.
- Ne le tue pas. Vas.
Je ne me le fais pas dire deux fois. Occupé à son affaire, l'homme ne nous a même pas vus arriver. Je saute dessus, j'entoure son cou de mes bras. Il tombe en criant, le cochon en profite pour se carapater en couinant, je m'en fiche, je ceinture ses bras avec mes jambes, sa tête avec un bras, je découvre sa gorge, j'y plante deux croc tout neufs. Le sang coule, je bois, je bois, c'est tellement bon, c'est délicieux, je veux encore, je colle mes lèvres à ses plaies pour en aspirer plus, plus vite, du sang ! Lou-la-bête est contente, je suis contente, du sang, de la vie !
- Lou !
La voix est impérieuse. Ce n'est pas l'espèce de truc magique de Philippe qui vous ferme le clapet, c'est juste mon père qui me donne un ordre. J'obéis. Je lâche à regret ma victime. D'instinct, je lèche la plaie avant de l'abandonner. Elle cesse de saigner, se referme, disparaît. Bon à savoir. Je vérifie, aussi. Il respire, il est vivant. Pas beaucoup plus, mais vivant. Je ne l'ai pas tué. J'ai l'impression que je ne pourrais pas désobéir au moindre des ordres de mon père.
- Je ne l'ai pas tué, ais-je besoin de répéter.
Il hoche la tête. Il sait, bien sûr. J'ai encore un peu soif, beaucoup même. Mais si je bois encore le sang de celui-là, il va mourir. Je ne demande rien à mon Sire. Il sait déjà. Il repars. Cette fois je sais que nous allons plus loin, mais je suis assez forte pour le suivre à coup sûr. S'il court, je courrai derrière lui. S'il rentre à Paris, je le suivrai. Ce qu'il m'enseignera, je l'apprendrai. Je serai digne de lui ou je paierai mes erreurs. 
J'ai beaucoup de questions à poser, beaucoup de choses à apprendre. Je sais pourtant déjà qu'il est temps de rentrer. Il ne reste qu'une demi-heure avant l'aube, il me faudra boire encore la nuit prochaine. J'ai autant de nuits que je veux, maintenant. Je ne mourrai pas. 
Nous allons trouver un endroit où dormir, mon père et moi. 

Netra, première session d'enregistrements J-19

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