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 Répondre à : WA - Participation exercice n°153 
De : Maedhros  Ecrire à <a class=sign href=\'../faeriens/?ID=196\'>Maedhros</a>
Date : Mardi 28 mars 2017 à 08:38:58
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La bande-son

Dans la lumière naissante du petit matin se dessine une silhouette solitaire. Un grand manteau dissimule ses formes. Un profond capuchon est rabattu sur son visage. Se confondant avec les rocailles du paysage lunaire qui l’entoure, elle semble glisser sans effort au-dessus d’un chemin qu’elle seule reconnaît. Toute la nuit, elle a suivi une étoile amie qui a brillé comme un phare dans le ciel. Toute la nuit, elle a marché vers un passé douloureux. Chaque pas lui a coûté mais chaque pas a allégé le poids sur son coeur. Plusieurs fois, elle s’est arrêtée, désorientée. Plusieurs fois, elle a failli renoncer, doutant de sa capacité à affronter ce qui l’attend devant. Mais sa foi demeure inébranlable. Il faut qu’elle aille jusqu’au bout du chemin, quitte à se mettre en danger.

Au sommet de la dernière colline, alors que le seigneur du jour embrasse les crêtes couronnées d’argent dans le lointain, elle découvre la vaste plaine en contrebas. Cette étendue morne et silencieuse est le but de son voyage. Aucune forme de vie n’y est perceptible. Tout semble pétrifié, comme en dehors du temps. L’herbe y est rare et sèche. Quelques buissons squelettiques hérissent les flancs d’une ronde de tertres désolés qui se dressent en son centre.

Un rayon de soleil indiscret arrache un éclair mordoré à une boucle de cheveux rebelle. Dans le ciel déserté de tout nuage, un oiseau de proie, invisible, jette un cri strident, réveillant des échos menaçants. Que voit-il, là-haut, qui mérite son avertissement ? Intrigué, le personnage énigmatique lève la tête dans sa direction. La capuche retombe en arrière, libérant une opulente chevelure cuivrée qui encadre l’ovale d’un visage féminin.

Elle est venue de très loin pour solder le passé. Elle a franchi à nouveau la mer insondable et les abysses qui séparent les mondes. Elle est revenue parce qu’elle le voyait partout. Dans son dos, quand elle se tenait devant le miroir. Dans la foule, quand elle traversait l’esplanade menant aux palais des Puissances. Elle distinguait toujours un trait qui le rappelait à elle, un mouvement du corps qui n’appartenait qu’à lui, son rire qui s’élevait derrière elle, sa voix qui murmurait à son oreille. Il hantait son sommeil toutes les nuits. Il ne lui faisait pourtant aucun reproche. Il se contentait de suivre le bateau qui l’éloignait de lui. Il se tenait parmi les pins, sur la colline dominant le port, ne la quittant pas du regard.

Même quand la terre avait disparu derrière l’horizon, elle avait ressenti encore sa présence près d’elle Puis la distance avait distendu peu à peu ce lien impalpable jusqu'à le dissoudre quand la caravelle avait emprunté la route qui ne figurait sur aucune carte. Elle rentrait chez elle. Il ne restait plus rien à défendre ou à revendiquer sur cette terre qui n'appartenait plus à son peuple. Elle rentrait chez elle. Lui, non. Cette terre était sa terre. Sous cette terre gisaient nombre de ses frères. Il lui avait demandé de rester, au nom de ce qui les avait réunis. Elle n’avait pas répondu. Les grands vaisseaux aux voiles blanches avaient emporté dans leurs flancs les survivants harassés de ces âges de fer et de sang. Elle s’était attardée longtemps sur le gaillard de l’un d’eux, regardant vers l’orient.

Elle avait cru que les chants et les danses sous les étoiles, les guirlandes de fleurs et les fontaines enchantées guériraient la nostalgie qui s’était emparée d’elle peu après son retour. Au début, elle avait hésité à comprendre. Puis elle n’avait pu réfuter l’évidence. Elle pensait à lui et chacune de ses pensées avait construit un reflet de plus en plus consistant. Bientôt, son fantôme avait attaché ses pas aux siens. Bientôt, son fantôme avait investi ses jours et ses nuits, travestissant de gris la glorieuse lumière des arbres jumeaux.

Un jour, un messager vint s’agenouiller devant le conseil des Puissances, porteur de funestes nouvelles. Une grande bataille avait eu lieu, plusieurs lunes en arrière, sur la terre qu’elle avait désertée, opposant les armées innombrables d’un Roi Noir, avide de pouvoir et de conquête, aux Maisons restées fidèles aux suzerains de l’Ouest. Beaucoup de belles gens, les dernières de leur race, avaient pris part à cette guerre, respectant d’anciennes alliances. La confrontation décisive s’était déroulée sur la plaine où une bataille oubliée avait ruiné pour longtemps les espoirs d’une fière coalition. Les hommes du Roi Noir avaient défait leurs adversaires, les pourchassant sans pitié jusqu’au dernier. Ils avaient jeté leurs cadavres en tas et la terre avait recouvert les sinistres charniers.

Entendant ce terrible récit, elle avait tressailli d’horreur. Elle avait pressé le messager de questions. Il n’avait pu lui apporter le moindre réconfort. Il ignorait le sort de celui qu’elle lui avait décrit. Cet aveu l’avait plongée dans le plus grand désarroi. Deux jours plus tard, sa décision était prise.

Aujourd’hui, elle est là, hésitant à faire les derniers pas qui la mèneraient près des tumulus. Au-dessus de sa tête, l’oiseau de proie fait de grands cercles dans le ciel tandis qu’une ombre fluide et souple se faufile dans les éboulis qui jonchent le pied de la falaise. Une ombre grise aux yeux jaunes. La femme à la beauté intemporelle prend une profonde respiration puis s’engage à son tour sur le sentier escarpé qui descend vers la plaine.

Fermant les yeux, retenant son souffle, elle pose sa main sur le premier tertre funéraire. Le toucher enchanté réveille les fantômes de ceux qui gisent dessous, leurs bouches et leurs orbites suppliciées emplies de terre . Rappelés par le pouvoir d'une sorcière aux cheveux rouges, les spectres se pressent autour d’elle, implorant justice et miséricorde. Il n’est pas parmi eux. Non, il n’est pas parmi eux ! Le loup s’approche alors sans bruit, les faisant refluer vers les profondeurs obscures où leurs voix éplorées s’éteignent peu à peu.

A quatre reprises, elle répète le même rituel. A quatre reprises, il n'entend pas son appel. Il reste un dernier tertre. Une toute dernière épreuve. Comme elle s’en approche, l’oiseau de proie jette à nouveau un cri strident et disparaît dans l’orbe solaire qui s’élève dans le ciel. Le loup est invisible, lui aussi.

Elle étend le bras une dernière fois, mais elle suspend son geste quand le faucon, tombant comme une pierre, se juche au sommet du tumulus. Dans son bec, il tient une longue flèche empennée de vert. Une flèche qu’elle reconnaît aussitôt. Son coeur n’osant encore y croire, elle tourne son regard vers l’horizon où se découpe, dans le contre-jour, une haute silhouette. Le loup marche à son côté

M

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