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Moitiés-Soeurs

Ziffhat passa la lourde tenture brune et entra dans le terrier, elle poussa un cri en découvrant sa moitié-soeur inanimée sur le sol. Avec de doux sifflements, Ziffhat réveilla Messwraere, celle-ci bien que très affaiblie lui souhaita la bienvenue de ses antennes. Un sourire ouvrit le bec de la belle Ziffhat et elle aida sa moitié-soeur à regagner son lit, en la soutenant, ce qui n'était pas aisé du fait de sa grande taille et du poids des petits qu'elle portait. La douce Messwraere remercia sa moitié-soeur d'un sifflement étranglé et Ziffhat détourna la tête pour cacher son inquiétude à celle qu'elle aimait tant. Elle se reprit vite et montra un visage serein tandis qu'elle se mettait à ausculter la poche ventrale translucide et légèrement orangée de Messwraere. Elle y distingua nettement les six petits, ils n'avaient pas été endommagés par la chute de leur mère et leurs trompes pointues pompaient doucement le sang nourricier, elle en fut tout à la fois soulagée et déçue. Soulagée car s'ils avaient été endommagés, ils auraient pompé plus de vie à Messwraere, déçue car tant que ces petits seraient attachés à sa moitié-soeur, celle-ci continuerait à s'affaiblir, et Ziffhat savait que Messwraere n'avait quasiment aucune chance de survivre à ses enfants.

Ziffhat alla chercher son sac qu'elle avait laissé tomber à l'entrée du terrier et apporta la nourriture qu'il contenait à la jeune femme allongée. Elle lui coupa les racines en petits morceaux et les glissa dans son bec terne, Messwraere trouva tout de même la force d'avaler, l'eau surtout la soulagea.

" Ça va mieux ?
- Oui, merci. Ou as-tu trouvé cette nourriture ? Et cette eau ?
- J'ai réussi à trouver un travail aujourd'hui, j'ai porté des ballots pour les Shajawacs, et ils ont distribué de l'eau et de la nourriture pour le travail ! De bonnes racines fraîches, et puis de l'eau qui vient de là bas, du pays mouillé !
- Tu crois trop de choses, ma soeur, le pays mouillé n'existe pas. Ils ont du trouver un puits naturel dans le désert. Ou peut être ont-ils tué des shamots pour leur prendre leurs poches d'eau.
- Le pays mouillé existe Messwraere, je t'y emmènerais quand tes petits seront nés et nous les emmènerons aussi si tu veux. "

Les antennes de Messwraere retombèrent le long de son front brun et Ziffhat se sentit gagné par le désespoir de sa moitié-soeur. Elle se releva et fit le tour du terrier d'un air songeur. Le teint cireux de la future mère lui serrait les estomacs d'inquiétude, et elle avait eu beau lui donner aussi sa ration de nourriture, Messwraere ne s'en portait pas mieux.

" Moitié-soeur ?
- Oui ?
- Je vais sortir travailler à nouveau, je prendrais du repos à l'aube. Les Shajawacs ont été contents de mon travail et ils m'ont proposé de revenir pour les trois jours à venir.
- Alors pourquoi aller travailler durant la période obscure ?
- Parce que cela ne suffira pas, je veux que tu sois en forme et j'ai besoin pour cela de plus d'eau et de nourriture. Bon repos, Messwraere, ne sort pas de ta couche cette fois ! "

Ziffhat sortit rapidement du terrier avant même que le " ou vas-tu ? " de sa moitié-soeur ne lui parvienne. La roche brune du désert s'éclairait d'orange alors que le petit soleil se couchait à l'horizon, la jeune femme remit soigneusement la tenture en place dans le sol, dissimulant le terrier aux éventuels prédateurs. Mais le mal était déjà fait, un reproducteur avait trouvé Messwraere il y a quelques temps et avait accompli sa terrible besogne avant que Ziffhat ait pu le tuer. La jeune femme ne pouvait s'empêcher de siffler quand son esprit lui rappelait cette scène tant sa rage était intense, même la mort du reproducteur n'avait pas réussi à apaiser sa douleur. Elle partit en courant vers la ville de Zigrath en espérant apaiser sa colère.

Messwraere soupira et posa une griffe tendre sur sa panse rebondie. Les petits réagirent à ce contact, la jeune femme aimait cela, mais elle ne pouvait pas le dire à sa moitié-soeur, celle-ci détestait trop les bébés pour pouvoir le comprendre.

Ziffhat l'avait toujours protégée de son mieux, elle l'avait cachée pour éviter qu'un reproducteur ne la trouve, mais cela était finalement arrivé, et Messwraere se sentait contente de pouvoir remplir son rôle de génitrice. Sa moitié-soeur ne pourrait jamais comprendre la satisfaction qu'elle éprouvait. La future mère regrettait la haine que Ziffhat portait à ses petits, alors que son rôle futur serait de les élever. Pour le moment les bébés étaient bien endormis, repus du repas providentiel qu'avait fait leur mère, et ce qui inquiétait Messwraere était bien plutôt sa moitié-soeur et ce qu'elle allait pouvoir faire de sa nuit.

Ziffhat jeta un oeil sur la perle d'eau que lui tendait le reproducteur, elle fit jouer le merveilleux liquide dans la poche de shamot. Son interlocuteur eut un geste d'agacement.

" Alors cela te convient ? "
Un sourire carnassier fit s'ouvrir le bec de la jeune femme.
" Oui, cela me convient. "

Messwraere se réveilla en sifflant, elle se mit à gémir et ses antennes cinglèrent son visage tandis que dans la ville de Zigrath sa moitié-soeur s'accouplait à un reproducteur. La future mère finit par se rendormir, mais son sommeil fut troublé par les visions de sa soeur accomplissant son " nouveau travail ".

Messwraere était réveillée quand Ziffhat franchit la tenture un peu avant l'aube, celle-ci persuadée qu'elle dormait lava le sang séché entre ses pattes postérieures avec du sable, puis une fois sa toilette minutieusement faite, elle sortit de sa besace quatre poches de shamot et deux racines. La jeune femme grignota une moitié de racine et perça une poche d'eau dans un récipient, elle en but quelques gorgées et reposa le pot presque plein. Puis avec délicatesse elle plaça les trois autres poches d'eau dans un petit coffre, y ajouta la racine non entamée et creusa un trou dans un coin reculé du terrier pour cacher son butin. Messwraere lui laissa croire qu'elle était endormie, mais n'en suivit pas moins chacun de ses gestes. La future mère ne voulait pas parler à sa moitié-soeur ce matin, elle ne se sentait pas capable d'affronter les sacrifices qu'elle faisait pour elle. Ziffhat déposa la racine restante et le pichet d'eau à coté du lit de sa moitié-soeur, elle caressa son visage délicatement avec ses antennes et sans même prendre de repos, sortit à nouveau du terrier.

Les choses continuèrent ainsi pendant quelques temps et de plus en plus, Messwraere eut de la nourriture, cependant son état ne s'améliorait pas, et Ziffhat, bien qu'exténuée, s'en apercevait parfaitement. La poche ventrale, elle, au contraire, grossissait régulièrement et Ziffhat surprenait parfois sa moitié-soeur en train de parler à ses petits. Elle en éprouvait une jalousie et une peine vives.

Un matin, Messwraere la prit par le bras, avant qu'elle sorte et la fit s'accroupir au pied de la couche, doucement elle prit les pattes antérieures de sa moitié-soeur et les posa sur sa panse, les petits s'agitèrent.

" Tu vois, Ziffhat, ces petits sont les miens, même si nous ne les avons pas voulus, je les aime déjà, ils font partis de moi et quand je ne serais plus là...
- Non, Messwraere, tu seras toujours là !
- Tais-toi ! "

Les antennes de Ziffhat s'affaissèrent sous le sifflement cinglant.

" Ziffhat, je ne serais plus là, c'est mon rôle de génitrice, le tien sera d'élever mes enfants, nos enfants.
- Non, ma moitié-soeur, ne dit pas cela, certaines génitrices survivent à leurs petits.
- Tu sais bien que c'est rare, tous tes efforts ne me sauveront pas, ils servent juste à ce que mes enfants grandissent bien. Tu n'y peux rien.
- Alors je tuerais tes petits pour que tu vives !
- Non Ziffhat, tu les élèveras. Toi tu leur donneras l'affection que je ne pourrais pas leur apporter, tu leur expliqueras le monde et tu les protégeras. Je veux que tu me le promette sur l'eau et sur la lumière. "

Un long silence s'installa entre les deux soeurs, doucement Ziffhat caressa le ventre orangé de Messwraere. Ses antennes balayaient tristement son front chitineux tandis que sa main s'arrêtait sur chaque petite forme présente dans le ventre de sa moitié-soeur.

" Je te le promets, Messwraere. Mais je te promets aussi une autre chose, par l'eau et par la lumière dont nous avons besoin pour vivre, je te promets de tout faire pour que tu puisses élever tes enfants avec moi. Comme ça nous partirons tous ensemble vers le pays mouillé, et notre vie sera douce.
- Merci ma soeur. "

Ziffhat caressa doucement et tendrement le front de sa moitié-soeur avec ses antennes et sans ajouter un mot sortit travailler.

La jeune femelle était joyeuse le soir en revenant, la journée avait été fructueuse et elle envisageait de ne pas aller travailler la nuit, son coffre était plein de trésor qui pourrait servir à payer les soins d'un guérisseur ou même simplement à se sustenter, et une paix étrange était entrée en elle après sa conversation avec Messwraere. Aussi, le choc de trouver sa moitié-soeur inanimée sur le sol fut-il plus rude. Son bec laissait paraître une bave bleuâtre de sang, et Ziffhat fut affolée de la voir rejeter son eau par la bouche, elle se précipita en courant chez le guérisseur.

La jeune femme fit courir le vieux mâle, tout le long du chemin, celui-ci arriva essoufflé au terrier, et Ziffhat en profita pour replacer sa moitié-soeur sur sa couche, mais celle-ci n'ouvrit même pas ses yeux d'or. Le guérisseur poussa doucement Ziffhat et se pencha sur la patiente, il lui tata le ventre avec douceur et goutta un peu de la bave qu'elle rejetait.

" Je crains de ne rien pouvoir faire jeune Ziffhat, il est pourtant un peu tôt pour les jeunes.
- Il faut la sauver ! "

Le vieux mâle releva la tête perplexe.

" Je ne peux pas, elle est mourante. Ta moitié-soeur n'en a plus que pour quelques heures. Tu vas bientôt être mère. Il serait bon que tu songes à prendre un partenaire pour les élever.
- Mais je ne veux pas de partenaire ! Je veux sauver ma moitié-soeur !
- Tu n'auras bientôt plus de moitié-soeur, et tu vas devoir élever six enfants à ce que je vois, un partenaire, stérile comme toi, t'aiderait dans cette tâche difficile. J'ai moi-même beaucoup aimé élever mes enfants ...
- Taisez-vous ! "

Le guérisseur ouvrit grand le bec et siffla de surprise au ton agressif de la jeune femelle. Elle prit le coffret qu'elle avait placé sur la table et l'ouvrit devant le guérisseur.

" Il faut que vous la sauviez ! Cela est-il assez pour lui donner un peu de mon Temps ? "

Le guérisseur fixa le trésor en eau et en racine qui s'étalait devant lui d'un oeil incrédule et secoua la tête tristement.

" C'est une opération compliquée et dangereuse. Et puis il faut que tu acceptes la mort de ta moitié-soeur Ziffhat, c'est dans l'ordre des choses. De plus rien ne prouve que ton Temps de vie puisse lui être utile, ils sont sept, tu es seule, ils vont le finir trop rapidement.
- Faites l'opération, s'il vous plait ! Le coffre sera à vous.
- Te rends-tu compte de ton sacrifice ?
- Oui. "

Le vieux guérisseur pencha la tête d'un côté, puis de l'autre, ses antennes très longues lui coulèrent le long du cou dans une mimique triste, mais il hocha la tête une fois en assentiment. Ziffhat lui posa le coffre sur les genoux.

Le mâle prit alors une des poches de shamot et en versa le contenu dans un bol. Il agrippa le bras de Ziffhat et l'ouvrit d'un coup de lancette, le sang s'écoula dans le bol, se mêlant à l'eau pour faire un liquide visqueux et bleuté. Le guérisseur fouilla dans sa sacoche et sortit une poudre dont il ajouta une pincée à la solution. Puis il lia les poignets des deux moitiés-soeurs et fit boire un peu de la potion à Messwraere. Durant un très long moment le vieux mâle frotta la chitine de la patiente pour faire circuler le liquide, puis il lui fit boire à nouveau une gorgée du liquide et recommença à la masser. Il ajouta ensuite une autre poudre dans le bol et demanda à Ziffhat d'y mêler son eau, la jeune femelle cracha dans le bol sa salive si précieuse dans le climat désertique. Le guérisseur refit boire une gorgée à Messwraere et la mit en position assise, sa moitié-soeur la soutint tandis que le soigneur lui massait le dos avec une poudre verte. La mourante ingurgita encore un peu de la boisson et le guérisseur la reposa. Il prit les griffes liées des moitiés-soeurs et leur fit une entaille à chacune, l'entaille était si fine que le sang ne coulait pas. Le guérisseur mit les entailles en face l'une de l'autre et lia serrées les deux griffes non sans avoir ajouté auparavant une poudre sur les plaies. Enfin il fit boire le reste de la potion avec une pépite d'argent à Messwraere.

Le vieux mâle resta deux heures à regarder la patiente pomper le Temps de vie de sa moitié-soeur, ses antennes pendaient toujours tristement mais il n'interrompit la liaison que quand Messwraere eut reprit une belle couleur brune et que son souffle fut régulier. Ziffhat ne se souvint pas de son départ, elle s'était évanouie.

A son réveil, Ziffhat se sentit les estomacs gonflés de joie, sa soeur avait les yeux ouverts et son teint magnifique était celui d'avant sa grossesse. Le coffre n'était plus là et une étrange lassitude fatiguait son corps, mais le prix était bien à la hauteur de la récompense. Les deux moitiés-soeurs passèrent la journée à plaisanter et à rire comme avant mais le jour avançant, Messwraere devint à nouveau faible et dolente.

Alors Ziffhat décida d'aller chercher à nouveau de l'eau et des racines pour payer le guérisseur et offrir un peu de son Temps à sa moitié-soeur. Celle-ci la regarda faire ses préparatifs tristement.

" Ziffhat, moitié-soeur, chère à mes estomacs, je te demande de ne pas sortir ce soir.
- Il le faut, tu es faible, tu as besoin de soins.
- Il n'est plus temps de te sacrifier pour moi, il faut te sacrifier pour mes petits Ziffhat, et accepter que je meure.
- Jamais !
- Moitié-soeur ! Tu risques la peine de mort à t'accoupler ainsi avec des reproducteurs alors que tu n'es pas une génitrice, la prostitution est sévèrement réprimée, et surtout, surtout, Ziffhat je ne veux plus que tu me donnes de ton Temps, il est trop précieux !
- Ne dis pas cela, Messwraere ! Tu m'es précieuse.
- Je le dis, mes petits ont déjà tout usé, tu ne ferais que t'affaiblir inutilement, ton rôle est de les éduquer, non de me maintenir en vie au prix de la tienne. Ziffhat ne sors pas cette nuit s'il te plait. "

Ziffhat ne répondit rien et sortit aussi vite qu'elle le put. Sa nuit fut longue et difficile à supporter. Les jours suivants furent pénibles, le travail était harassant et Messwraere ne parlait plus à sa moitié-soeur, le transport de marchandise chez les Shajawacs ne rapportait que peu d'eau pour beaucoup d'efforts et elle ne pouvait se permettre de trouver l'oubli du repos de la nuit. L'état de Messwraere empira encore et un matin, sa moitié-soeur la trouva dans un état proche de la mort. Elle n'avait pas pu réunir autant d'eau que la première fois mais elle fit quand même venir le guérisseur, celui-ci accepta de transférer un peu de son Temps à Messwraere, un peu moins que la première fois. Les jours suivants, la future mère alla mieux mais son regard doré était trop triste pour que Ziffhat pu s'en réjouir.

Une nuit, Ziffhat rentra plus tôt, sa moitié-soeur dormait, sa respiration était sifflante. La jeune femme se pencha sur le ventre de sa soeur, orange, comme le soleil dispensateur de vie, posa sa joue dessus et ses antennes fouettèrent son visage de tristesse et de douleur trop contenues. D'une griffe douce, Messwraere caressa les épaules tremblantes de sa moitié-soeur. Ziffhat s'endormit ainsi sur les petits qui seraient un jour les siens, la griffe de sa moitié-soeur posée de façon apaisante sur son crâne.

Le réveil fut brutal. Des mâles avaient passés l'entrée du terrier et la secouait, Ziffhat siffla et couvrit Messwraere de son corps pour la protéger, mais les gardes de Zigrath l'empoignèrent. Ils ne firent pas de mal à sa moitié-soeur, mais l'immobilité de celle-ci sur sa couche glaça Ziffhat d'une terreur pure et la fit se débattre entre les gardes. Ceux-ci la tenaient bien et l'emmenèrent d'un bon pas à Zigrath, Ziffhat cessa de se défendre quand elle comprit qu'elle ne pouvait pas aider sa moitié-soeur.

Le procès fut rapide. Les juges, deux mâles vénérables, officiaient déjà depuis l'aube quand elle se présenta vers le milieu de la matinée, et ils n'avaient pas de temps à perdre avec une banale femelle stérile. L'accusateur se présenta, Ziffhat reconnu le guérisseur, un ou deux témoins affirmèrent qu'effectivement la femelle se prostituait, selon l'un de ses employeurs Shajawacs, elle aurait même volé des poches de shamots. Ziffhat ne répondit même pas, tenaillée par une inquiétude grandissante pour Messwraere. Voyant cela, le guérisseur, qui l'avait accusé, demanda à reprendre la parole en fin de procès. Il parla peu, mais expliqua simplement qu'elle avait voulue aider sa moitié-soeur pour que les petits vivent. Il demanda l'indulgence des juges. Il était une personne appréciée et son avis pesa dans la sentence, une semaine de cachot fut prononcée contre Ziffhat. Elle ne put que hurler au guérisseur de s'occuper de sa moitié-soeur tandis qu'on l'emmenait.

La semaine de cachot ne fut pas très dure, mais elle se déroula pour Ziffhat dans le même brouillard que le procès. Le matin du dernier jour la trouva fébrile, et sitôt libérée, elle s'élança en courant vers son terrier.

Ziffhat arriva exténuée chez elle, titubant sur ses pattes trop maigres. Elle souleva la tenture en tremblant et s'enfonça dans les profondeurs de son logis. Le guérisseur était devant le lit, Ziffhat nota distraitement que le coffre qu'elle lui avait donné était sur la table. D'un pas peu assuré, elle franchit la distance la séparant de la couche, sa moitié-soeur y gisait, la panse ouverte, le guérisseur retirait un à un les petits du corps mort de leur mère.

Ziffhat sentit le chagrin la balayer, mais le vieux mâle ne lui laissa pas le temps de s'adonner à sa douleur, se retournant, il fourra une toute petite femelle entre ses griffes.

" Lave la avec du sable. Sa pompe va tomber d'ici peu. "

Privée de toute volonté, la moitié-soeur qui n'avait plus de moitié nettoya le petit corps. L'enfant palpitait de vie et son sifflement joyeux contrastait avec la douleur de sa mère qui laissait couler l'eau de ses yeux, comme on ne doit jamais faire dans le désert. Trois enfants furent encore nettoyés par Ziffhat, une petite fille à nouveau et deux petits garçons. Effectivement les pompes des quatre enfants tombèrent de leur bec, laissant une petite marque au coin. Le guérisseur posa doucement sa griffe sur l'épaule de Ziffhat.

" Tu es mère, Ziffhat. Une de ces petites filles est génitrices, les trois autres enfants sont stériles, l'un d'eux deviendra sa moitié-soeur ou sa moitié-frère, pour élever à son tour les enfants de sa moitié-soeur. Messwraere et les deux autres enfants sont décédés. "

Après un silence il ajouta : " Je t'ai rapporté le coffret et tout ce que tu m'avais donné.
- pourquoi ?
- Messwraere m'avait parlé d'un voyage vers le pays mouillé, elle espérait que tu emmènerais ses enfants voir une si merveilleuse chose. "

Les antennes de Ziffhat lui giflèrent le visage, mais l'eau de ses yeux ne coulait plus. La petite génitrice posée devant ses genoux, par terre, ouvrit les yeux. Un sourire lui fit ouvrir le bec et un sifflement doux en sortit. Sa mère la regarda un moment puis la prit dans ses bras, la petite passa ses petites antennes sur le visage de Ziffhat en une caresse douce.

" C'est pour cela que vous m'avez fait emprisonner. "

Le guérisseur hocha la tête à l'affirmation de la jeune mère, celle-ci regardait la petite femelle qui était dans ses bras, un sourire ouvrait son bec.

" Je ne pouvais pas te sauver, sauver les enfants et sauver Messwraere. Elle serait morte de toute façon, mais grâce à toi et à tes sacrifices, les enfants vont bien. Messwraere me l'avait demandé. "

Le guérisseur récupéra sa besace, en sortit trois poches de shamots et les ajouta à celles que contenaient le coffre. Puis il écarta la tenture. En la rabattant, il entendit un murmure dédié à une petite fille et à une moitié-soeur à la panse ouverte : " tu t'appelleras Messwraere. "

Deux jours plus tard, Ziffhat quitta le désert avec ses quatre enfants et partit vers le pays que l'on appelle mouillé.

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© Miriamélé



Publication : 13 June 2005
Dernière modification : 07 November 2006


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2 Commentaires :

miri 
le 16-11-2005 à 19h31
merci
c'est super agréable et touchant comme commentaire, ça motive drolement et ça me donne envie de me remettre a l'écriture :) en travaillant beaucoup plus la forme (négligée trop souvent)
bref je frise l'euphorie (dommage ca ne frise pas les cheveux ...)
encore merci
Elemmirë Ecrire à Elemmirë 
le 16-11-2005 à 10h32
Miriamélé, ou l'imaginaire débordant
Pour cette nouvelle comme pour les autres, j'aime l'originalité de l'auteur. Ici, des êtres d'une espèce inconnue et joliment créés (y a-t-il quelqu'un pour nous les illustrer?), ailleurs, des histoires surprenantes et pleines de poésie... Chapeau bas.


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